Hakim Bey et La Zone Autonome Temporaire

20/03/2025

En 1991, les éditions Autonomedia publient un livre particuliers : T.A.Z. The Temporary Autonomous Zone. Ontological Anarchy, Poetic Terrorism. Ce livre a eu succès phénoménal et international (huitième édition en 2011 aux éditions de l'Eclat). Son auteur Peter Lamborn Wilson dit Hakim Bey, est né à New York en 1945. Il est un écrivain politique et poète américain se qualifiant d'« anarchiste ontologiste ». Après des études à la Columbia University, il aurait passé plusieurs années en Inde, au Népal, au Pakistan, en Afghanistan, puis en Iran. Dans les années 1980, ses idées évoluent d'une métaphysique orientaliste à une synthèse dite anarcho-situationniste. Chose étrange au sujet de l'auteur : il est possible que cette biographie soit fictive et qu'Hakim Bey n'existe pas plus que Luther Blissett, pseudonyme partagé par des centaines d'artistes et d'activistes qui ont publié des textes sous le nom de Hakim Bey. Ces querelles de droit d'auteur ne sont pas importantes car le livre sur la TAZ fait exploser le concept de « droit d'auteur ». Il est d'ailleurs d'accès libre sur internet.

Qu'est-ce que la TAZ ?

« Dès que la TAZ est nommée (représentée, médiatisée), elle doit disparaître, elle va disparaître, laissant derrière elle une coquille vide, pour ressurgir ailleurs, à nouveau invisible, puisqu'indéfinissable dans les termes du Spectacle ». La TAZ ne se définit pas, on peut tout au mieux lancer « des sondes exploratoires » s'articulant autour des utopies pirates. Hakim Bey est nourri à l'esprit de révolte de la flibuste et des flibustiers et s'inspire notamment de la folle République de Fiume et de Gabriele D'Annunzio qui ont rédigé une Constitution qui instaurait la musique comme principe central de l'Etat. La TAZ est nourrie à l'esprit de la fête et du festival, en tant qu'espace de de face à face et d'auto-organisation chaotique. Le mot de TAZ, qui est d'ailleurs le diminutif verlan pour signifier ecstasy, a pu être associé à la génération techno, celle des raves et autres free parties. Il semble toutefois s'agir d'un contresens, non pas tant parce que l'usage de drogue en masse n'a pas grand-chose à voir avec l'autonomie, mais parce que ce mouvement aime à se donner en spectacle, or, s'il y a une chose certaine, c'est que la TAZ n'a rien à voir avec le spectacle. On ne peut pas lutter contre le spectacle avec les moyens du spectacle. Ni révolution, ni manifestation, il n'y a de vérités et d'autonomies que temporaires, c'est-à-dire non destinées à durer. Pour lutter contre la société de contrôle, le seul moyen est d'y échapper. C'est pourquoi Hakim Bey développe des tactique de la disparition : « à mesure que le pouvoir ''disparaît'', notre volonté de pouvoir doit être la disparition ». Si le pouvoir est devenu invisible, s'il s'immisce partout, alors il faut à son tour devenir invisible. Telle est une des composantes essentielles de la culture hacker, la culture des pirates informatiques.

La piraterie moderne

Dans son livre, Hakim Bey pose deux questions intéressantes : que signifie la production à l'Âge de la Simulation et quelle est aujourd'hui la « classe productive ? » Il répond alors : « ''La Culture est notre Nature'', et nous sommes les chasseurs/cueilleurs du monde de la TechnoCom ». Le contexte est donné, c'est ce qui a amené le passage de la contre-culture à la cyber-culture, dans la seconde moitié du XXème siècle aux Etats-Unis. Hakim Bey se présente comme le pirate du Web. A l'époque contemporaine, il n'existe plus de terres inconnues. La carte du monde n'a plus de dehors. Les dernières îles au trésor, les dernières utopies – ou hétérotopies pour parler comme Foucault – se trouvent selon certains sur la toile. Là, il reste des espaces à conquérir, à détourner, à habiter. Mais le mot « web » ne signifie pas pour Bey le World Wide Web, tel que nous le connaissons. Le web est ici un contre-pouvoir, il est « la toile » qui s'immisce dans toutes les failles du « réseau », du « Net ».

Il faut se rappeler que le livre de Hakim Beya été écrit en 1991 et que le web que nous connaissons n'apparaît qu'en 1992. La TAZ est un concept qui a le mérite réunir les partisans anarchistes du retour à la nature et les partisans de la technologie et du cyber-anarchisme : « La TAZ est en accord avec les hackers puisqu'elle veut devenir – en partie – par le Net, et même par la médiation du Net. Mais elle est également proche des Verts puisqu'elle entend préserver une intense conscience de soi comme corps et n'éprouve que révulsion pour la Cybergnose, cette tentative de transcendance du corps par l'instantanéité et la simulation. La TAZ tend à voir cette dichotomie Techno/antiTechno comme trompeuse ». Par la suite, Hakim Bey s'est retiré hors de la ville, hors de ses techniques, et a fini par forger le concept de Zone d'Autonomie Pastorale.

La TAZ est finalement l'art de se soustraire à la société de contrôle tel un illusionniste sur scène pour mieux s'épanouir dans les failles du système et de jouer sur les deux dimensions autant que possible pour rester libre.

Site dédié aux écrits de Hakim Bey:  https://www.anarchisme-ontologique.net/

Le livre de la TAZ en PDF: